La chasse remise en question; rien de pire qu’un aveugle qui ne veut pas voir!
Le 11 octobre dernier, La Presse publiait un papier d’un biologiste, Yoan Bourgoin, un chroniqueur et militant environnemental, qui, de toute évidence, n’avait pas une connaissance profondie du sujet de l’article!
Commençons par ce passage: «La chasse moderne s’éloigne considérablement de son essence primitive. Ce n’est plus une confrontation entre l’être humain et l’animal non humain dans un cadre naturel, mais plutôt une pratique de plus en plus assistée par la technologie. ». C’est tout faux ! Bien que les équipements se soient améliorés, que les vêtements soient plus chauds, que les GPS puissent nous guider partout en tout temps et nous ramener à bon port; sans la ruse, la compréhension du gibier, l’expérience, et un bon instinct de base, la bredouille est souvent au rendez-vous!
Ensuite celui-ci : «La chasse, en revanche, repose sur un déséquilibre flagrant: l’animal, sans défense face aux armes à feu, aux pièges et à la technologie, n’a ni la possibilité de consentir ni celle de s’échapper.» Encore faux, si tel était le cas, les cheptels de sauvagines, petits et gros gibiers seraient tous en déclin, ce qui n’est pas le cas! Je m’oppose à ce qui sous-jacent à cette affirmation, on laisse transpirer qu’aucune entité ne gère ces prélèvements. Bien au contraire, l’activité de chasse est gérée de sorte que les avantages technologiques soient limités et contrôlés. Par exemple, il est interdit d’avoir plus que trois cartouches au total dans un fusil, chambre et magasin compris, pour chasser la sauvagine. Il y a aussi les heures de chasse, soit une demi-heure avant et après le lever du soleil, le grand gibier est surtout nocturne avec de petites pointes d’activité au lever et coucher, en les chassant de nuit, avec des projecteurs, ils seraient trop vulnérables. Non, cette affirmation ne tient pas la route!
Je ne vais pas m’étendre davantage sur les autres sujets abordés dans cet article qui ne considère l’activité de chasse que par la lorgnette de l’abattage, ce qui est bien triste et témoigne d’une méconnaissance profonde de ce qu’est la chasse! L’abattage, le moment de peser sur la gâchette ou de relâcher la corde de son arc ou du déclencheur de son arbalète, ne constitue qu’une toute petite partie de l’activité de chasse. Il y a la préparation pré-saison et la prospection des sites, l’entretien des équipements, le suivi des sites avant la chasse, les demandes de permissions auprès de propriétaires terriens, l’organisation et la coordination des sorties, la préparation de celle-ci en soi, la fraternité et la coopération entre les chasseurs, la socialisation entre tous les participants et, bien entendu l’apprêtage et la consommation des prises. Toutes ces activités, faites selon des règles rigides et le plus souvent très bien encadrées et respectées, apportent tellement de joies aux chasseurs, qui oublient leurs soucis et vivent des moments reconstructeurs, ça aussi ça compte!
Non, telle que considérée dans cet article, la chasse est ramenée à sa plus simple expression, bien trop diminutive et, j’irais jusqu’à dire rabaissante, une vision biaisée par une manque de savoir selon moi.
Et je passerai sous silence les nombreuses contributions volontaires, monétaires et de dénonciations des chasseurs qui sont, en vérité, les derniers gardiens de l’intégrité des habitats, mis à part mes nombreux amis des premiers occupants qui occupent le même rôle sans nécessairement chasser, peu d’agents de surveillances parcourent encore nos contrées pour les protéger des abus de toutes sortes! Je ne m’étendrai pas non plus sur les contributions économiques de cette activité dans les régions isolées et le fait que la présence de l’homme annule souvent la balance écologique normale en excluant, voire, éliminant les prédateurs de grandes superficies , ce qui crée, en absence de prélèvements, de grands débalancements (ex. cerf de Virginie périurbain en sur abondance dans le sud-ouest du Québec, oie blanche qui cause des milliards de dommage à l’agriculture, etc.).
Pour terminer, regardez ces beaux sourires sur la photo 1 croquée sur le vif suite à une chasse à la bernache à la fin de la présente saison. Pas besoin d’en dire davantage!
Trucs du guide
J’ai deux très bon trucs simples à vous confier, le premier, lorsque vous chassez dans les petits cours d’eau ou les battures du Saint -Laurent boueux, et le second, quand vous appelez bernaches, canards et autres gibiers «callables».
Le drainage intensif des terres agricoles, le manque de bande de protection riveraine le long des cours d’eau (on y reviendra plus tard) et la tenure des terres, font en sorte que la sédimentation est plus forte que jamais dans les petits cours d’eau du sud du Québec et de l’est de l’Ontario. Même dans les tributaires du Saint-Laurent, les endroits où je marchais sur du beau galet propre lors de ma maîtrise dans les années 90, sont maintenant recouverts d’une bonne couche de boue visqueuse, un sol très peu structuré et sans portance. Le truc? Utilisez des madriers ou des planches pour vous déplacer au-dessus de ces boues épaisses et collantes, tel qu’illustré sur les photos 2 et 3. Je connais même un groupe de chasseurs qui a placé des dalles de 18 po entre le bord de leur chalet à l’îlet sur Mer et un gros rocher leur servant de cache pour la chasse à l’oie blanche. Vous apprécierez ces «ponts de boue» lorsque viendra le temps de ramasser vos appelants ou de récupérer des oiseaux abattus.
Photo 2 et 3 : bonne illustration de l’utilisation de planches pour se déplacer au-dessus de la boue dans un petit cours d’eau.
Le second truc va vous sembler banal, mais il m’est venu à l’idée d’en faire mention ici après avoir observé, coup sur coup lors de deux chasses consécutives, les mêmes erreurs. Un bon matin, je chasse le canard avec des clients et un aide guide expérimenté, une bande passe au loin, pour une fois, permissif, je laisse tout le monde appeler les oiseaux, «tic tac tic tac tic tac , coin, tic tac tic tac» et ainsi de suite, deux personnes font des appels territoriaux et des «couacs» (voir article sur l’appel du canard dans le numéro de novembre) alors que le voilier de canards se trouve à plus de 300m ! En plus de ne probablement pas être perçus par les canards, ce type d’appels, est effectué dans une mauvaise séquence, on l’utilise quand des oiseaux s’approchent et tournent autour du plan, pour les pousser à atterrir parmi les appelants ou à tout le moins passer à portée de tir, et jamais pour attirer leur attention sur d’aussi grandes distances.
Une autre fois, j’ai observé la même chose avec des appels de bernache, l’autre personne qui appelait avec moi faisait des «clucks» alors que le voilier se trouvait encore plus loin. Effort inutile qui décourage les «calleurs» à la longue. Il faut toujours ajuster ses appels selon le comportement de la sauvagine ciblée, attirer l’attention de loin avec des cris sonores, simples et répétitifs, puis on diminue rythme et force tant que les oiseaux s’approchent, on augmente notre insistance s’ils hésitent trop etc. etc. Voyez dans les vidéos 1 et 2 les modulations que j’ai apportées lors de cette séquence d’appels, ce petit truc peut vous paraître simplet, pourtant!
Vidéo 1 et 2 : séquence d’appels ajustée selon le comportement des bernaches et des canards.
Biologie et aménagement
Dans le cadre de ma fonction de directeur en expertise aquatique chez mon nouvel employeur Stantec, j’ai l’immense chance de participer à plusieurs projets de recherche super intéressants! Par exemple, dans le cadre d’un mandat qui implique Canard Illimité Canada (CIC), une municipalité, un ministère du Québec et moi-même, je contribue à l’élaboration d’un projet de compensation dans l’habitat du poisson qui favorisera aussi la nidification des canards et l’élevage de leur progéniture, et qui redonnera un certain degré de liberté à une rivière, réduisant ainsi les impacts régionaux des inondations lors des crues printanières ou lors des gros coups d’eau.
Je vais revenir sur ce sujet lorsqu’il sera plus avancé, mais je peux vous dire que pour un ichtyologiste avec 40 ans de carrière, c’est très rafraichissant d’avoir la chance de participer à de tels projets qui impliquent plusieurs intervenants!
En attendant, je vous invite à aller lire une des pages web de CIC qui explique les cinq grands moyens grâce auxquels l’habitat des canards peuvent nous aider. https://www.canards.ca/recits/milieux-humides/les-cinq-moyens-lhabitat-des-canards-vous-aide/
Photo 4 : un beau milieu offrant des habitats autant aux canards qu’aux poissons et qui est capable de retenir de bonnes quantités d’eau à la fois !